Le sacré – Meaux – 24 janvier 2013

187ème rencontre 

24 janvier 2013

C.I.E.U.X. de Meaux
11 Rue Paul Barennes

 

 

 

Daniel Abehcera, président de la synagogue Rabbi Yehiel (au centre), Frédéric Genty, pasteur de l’église réformée de Nanteuil-les-Meaux (à gauche)
Ouahid Abassi, Vice-président de la mosquée de Meaux (à droite).

Communication de Daniel Abehcera, président de la synagogue Rabbi Yehiel

A- De quoi parle-t-on ?

 Sacré : qui appartient à un domaine séparé, inviolable par opposition au profane et faisant l’objet d’un sentiment de révérence religieuse, enceinte sacré, édifice sacré, livres sacrés, ordres sacrés, personnes sacrées, musique sacrée, digne d’un respect absolu, d’un caractère intangible, inviolable, vénérable…

De là nous vient : sacrement, sacrilège, sacrifice, consacrer, etc… sacro-saint (intouchable), etc…

 B- Notre civilisation et le sacré

 Depuis le Haut Moyen-âge des débats ont lieu pour définir le sacré par rapport au profane. Comment appréhender l’un sans omettre l’autre ?

C’est le débat actuel sur les transformations sociales qui agitent nos pays. La question est très sensible parce qu’elle s’applique à des domaines divers comme l’éducation et l’intégration dans une société multiculturelle. Comment vivre ensemble sans la tolérance et le respect qu’on doit aux hommes qui pratiquent des cultes différents ?

Des savants parlent de connaissances qui touchent au domaine du sacré « endogènes » en relation avec les connaissances concernant le profane « exogène ». Face aux cultures environnantes, comment définir et protéger la place du sacré ?

Il y a eu au cours des siècles des tentatives de conciliation : comment aborder les sciences profanes sans enfreindre l’obligation d’étudier les textes sacrés ? Le rationalisme en vogue depuis le Moyen-âge est-il incompatible avec le sacré ? De grands savants ont essayé de concilier leurs croyances avec les influences extérieures. Citons, entre autres, Averroès, Maimonide, Al Farabi, le Maharal de Prague qui a dit et je le cite : «la connaissance de ce que Dieu a créé conduit à la connaissance du créateur…» Pour lui, l’étude des sciences n’est pas incompatible avec le sacré. Averroès maîtrisait les sciences et la philosophie.

 Sans que cela nuise au sacré, l’Espagne musulmane du 10ème au 13ème siècle s’est investie dans tous les domaines : médecine, astronomie, math, philosophie et dans une grande symbiose avec les autres cultes monothéistes.

 Quels sont les domaines du sacré ?

Pour le judaïsme, il y a d’abord ce que j’appelle :

* les interdits temporels liés au calendrier : le samedi, journée sacrée, le début du mois, les fêtes (9 événements dans l’année) ;

* les lois alimentaires : abattage rituel, mélange lait et viande, espèces interdites à la consommation ;

* les représentations figurées de la divinité d’où les problèmes qui sont survenus récemment…

* les unions illicites : le mariage est une sanctification (homme et femme évidemment), la sphère familiale est protégée pour éviter le mariage consanguin ;

* les lieux de culte ;

* les écrits : rouleaux, livres de prières, tout article portant le nom de Dieu ;

* Dieu, les prophètes, les grands sages.

Les prières et le langage employé

A ce propos, un texte rapporté par le Dr Bodras «En dernier exemple de relation du langage et du sacré, je vous évoquerai une histoire hassidique : ‘Ce jour-là, le grand Rabbi Baal Shem tov, tente, une fois de plus, de forcer la main du Créateur… et pour avoir osé bousculer l’ordre de la création, Israël Baal Shem Tov fut puni. Il se retrouva sur une île lointaine, inconnue, prisonnier de brigands ou de démons, il n’avait à ses côtés que son fidèle compagnon et scribe…

– Rabbi, faites quelque chose, dites quelque chose !

– J’en suis incapable, je ne sais plus me faire obéir, j’ai tout oublié… Tout mon savoir m’a été retiré… Et toi, tu es là, tu ne te souviens de rien de ce que je t’ai appris ? Une parabole ? Une prière ?

– Rien, rabbi, sauf… l’alphabet…

– alors, qu’attends-tu ? Commence ! Vite…

Et le scribe se mit à réciter les premières lettres sacrées : Aleph, Beth, Guimel… et le maître répéta après lui, et ainsi toutes les lettres…

Puis ils recommencèrent depuis le début, et le Baal Shem Tov déclamait avec tant de ferveur qu’il finit par tomber dans l’extase, et sans même s’en rendre compte, il changea de lieu et de condition… révoqua sa malédiction : Maître et Scribe se retrouvèrent chez eux, sains et saufs, plus riches et plus nostalgiques qu’avant…’[1]


[1] Elie Wiesel, Célébration hassidique, Seuil, Coll. Points, 1972, p. 17

 

 

Le sacré – Meaux – 24 janvier 2013
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