Lancement d’un dialogue interreligieux – église catholique – Monastère des Bénédictines – Jérusalem- Israël – 12 août 2013

212ème rencontre

lundi 12 août 2013

C.I.E.U.X. de Jérusalem, église catholique, Monastère des Bénédictines,

Mont des Oliviers, POB 19338, 91192 – JERUSALEM

 

Jérusalem – Mont des Oliviers – Monastère des Bénédictines – Lundi 12 août – Rencontre inter-religieuse sous l’égide de CIEUX et de la Fraternité d’Abraham

Thème de la rencontre :

Le dialogue entre les religions est-il possible à Jérusalem? A quelles conditions? Une approche francophone.

Communication d’Emile Moatti, Délégué général à Jérusalem de la Fraternité d’Abraham

1. Le développement des dialogues inter-religieux dans le monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Nous souhaitons mettre à profit le passage d’Anne Viry, membre de l’Association « Cieux », à Jérusalem, pour organiser une soirée de réflexion sur la possibilité de développer des dialogues inter-religieux fraternels et constructifs, en Terre Sainte, et en particulier à Jérusalem. Le but est de faciliter la connaissance mutuelle des membres des diverses communautés qui y sont présentes, en vue de montrer que les citoyens de la ville partagent en fait largement les mêmes valeurs éthiques universelles. En effet, le monde moderne s’est trop éloigné, depuis le début du vingtième siècle, des valeurs spirituelles unificatrices qui sont présentes au sein de tous les peuples et de toutes les traditions, et qui ont pour principal souci le bonheur de chacun et, in fine, le salut de l’humanité tout entière et de la création. Des rencontres et dialogues ont pris beaucoup d’importance en Europe, et en particulier en France, où ils se sont développés progressivement à partir de l’année 1945, après les drames épouvantables causés par les deux grandes guerres mondiales, qui ont déchiré le monde . Cela a été le fruit de l’engagement d’un certain nombre de pionniers, très souvent des croyants de nos diverses religions, regroupés au sein d’associations dont l’objectif était de promouvoir la rencontre et le dialogue en vue d’ une meilleure compréhension de nos traditions spirituelles, et d’une réflexion commune sur l’avenir.

C’est ainsi que l’ « Amitié Judéo-Chrétienne de France »a été créée en 1948, à l’initiative de l’historien Jules Isaac, ami de Charles Péguy, avec d’autres personnes motivées comme le poète Edmond Fleg, le Révérend Père Daniélou,le protestant Fadley Lovsky, l’ historien Jacques Madaule (collaborateur de la revue Esprit), le Grand Rabbin Jacob Kaplan, etc……..En effet Jules Isaac, de formation laïque, chercha à comprendre pourquoi son épouse et sa fille furent arrêtées en France, déportées et assassinées. Et comment éviter de telles dérives? Il dénonça les méfaits de l’antisémitisme et de l’enseignement du mépris, et il plaida pour un dialogue fraternel entre christianisme et judaïsme, qui partagent en fait un patrimoine spirituel commun.

La seconde Association, la « Fraternité d’Abraham » fut, elle, d’inspiration fondamentalement religieuse, et la conséquence immédiate du Concile Vatican II (1962 – 65) et de la Déclaration « Nostra Aetate, qui fit partie de ses conclusions. Celle-ci fut publiée au Vatican en Septembre 1965 et condamnait l’antisémitisme en encourageant les croyants catholiques à dialoguer avec ceux des autres religions, et notamment avec les fidèles du judaïsme et de l’Islam. Sa création fut envisagée en 1965 dès la fin du concile, et ses statuts définitifs officialisés en Juillet 1967, à la Mosquée de Paris, par quatre croyants fondateurs. Deux d’entre eux étaient originaires de l’Algérie française, pays à majorité musulmane et d’éducation française laïque, mais qui était resté profondément imprégné par la forte culture religieuse de sa population (juive, chrétienne et musulmane): Ce sont d’une part André Chouraqui, juif, qui fut le premier à traduire dans une même langue, le français, les textes sacrés des trois grandes religions abrahamiques (judaïsme, christianisme et Islam); et d’autre part le Recteur de la Grande Mosquée de Paris, Si Hamza Boubakeur, musulman, traducteur du Coran, et père du Recteur actuel, Dalil Boubakeur. Les deux autres étaient des écrivains croyants catholiques appréciés: tout d’abord le Révérend Père jésuite Michel Riquet, notre premier Délégué général, ancien Résistant et Déporté,(et ancien responsable des étudiants en médecine catholiques du Centre Laënnec spécialisé dans les problèmes d »éthique médicale). Il fut rendu célèbre, après la guerre, en raison de son rôle de prédicateur chargé notamment des sermons de carême radiodiffusés depuis la cathédrale Notre-Dame de Paris. Et enfin l’homme de lettres Jacques Nantet, gendre de Paul Claudel, politicien issu de la gauche non communiste (mendésiste, puis gaulliste), un humaniste proche du peuple libanais et du peuple juif; qui fut le premier Président de l’association. Tous deux décédèrent, à quelques mois d’intervalle, après 26 annérs de bons et loyaux services bénévoles au sein de cette Fraternité, qui connut un rayonnement immédiat.

Puis, sur le plan national, fut créée en 1986 la Section française de la « Word Conference on Religion and Peace » (WCRP), la « Conférence Mondiale des Religions pour la Paix » (CMRP), devenue « Religions for Peace – France ». La WCRP, qui s’ appelle depuis peu « Religions for Peace », fut la première association inter-religieuse à vocation d’emblée internationale. Elle fut fondée en Inde, à Kyoto, en Octobre 1970, à l’ occasion du centenaire de la naissance du Mahatma Gandhi, militant non violent de l’indépendance de l’Inde. Mais elle fut en fait le résultat d’une nette prise de conscience des leaders spirituels et politiques de nombreux pays qui, à partir de 1961, craignirent les dangers d’une troisième guerre mondiale, probablement nucléaire et suicidaire. Cette époque fut caractérisée en effet par une course effrénée aux armements et à l’espace, entre le bloc communiste, dirigé par l’ U.R.S.S., et le bloc occidental, conduit par les Etats-Unis. Ce fut une époque où la guerre froide atteint un paroxisme, avec la crise du Mur de Berlin en 1961 (qui ne sera détruit qu’en 1989, 28 années plus tard), et la crise causée à l’automne 1962 par l’installation de fusées nucléaires soviétiques à Cuba, à la portée immédiate des Etats-Unis. Heureusement, le Président américain John Fitzgerald Kennedy, et Nikita Khrouchtchev, alors Président du Conseil des Ministres de l’URSS, surent faire preuve de sagesse et de sang-froid, et résister au bellicisme du leader cubain Fidel Castro. Ils parvinrent ainsi à résorber la crise, avec le soutien du bon Pape Jean XXIII qui, bien informé, encouragea une solution diplomatique: Dans sa célèbre encyclique « Pacem in Terris »( 11/4/63), publiée peu après, deux mois avant son décès, ce dernier préconisa l’instauration d’une paix universelle dans « la vérité, la solidarité ,la justice, la charité et la liberté ». Et Il eut le grand mérite de s’adresser non seulement aux catholiques, mais aussi à tous les chrétiens, ainsi qu’aux non-chrétiens, c’est à dire en fait à tous les hommes et femmes de bonne volonté du monde entier. Il plaida en faveur d’une coopération politique et sociale, et d’une négociation qui éviterait à jamais le recours aux armes. Pacem in Terris inspira largement les documents et conclusions du Concile Vatican II, qui se termina deux ans plus tard; vers la fin de l’année 1965.

L’ « Amitié Judéo- Musulmane de France » (AJMF), qui manquait visiblement dans le paysage des relations inter-religieuses, a été fondée en France en 2005, par le Rabbin de Ris-Orangis, Michel Serfaty, d’origine marocaine, bon connaisseur du monde musulman. Elle a été soutenue par la Ministre Simone Veil. Elle a été encouragée par le CRIF, le Conseil Représentatif des Israélites de France et notamment par son Président, un homme d’ouverture acquis au dialogue, d’une part, et par le Recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, d’autre part.

De même, en 2005, une nouvelle association d’inspiration civique est née : CIEUX (« Comité Inter-religieux pour une Ethique Universelle et contre la Xénophobie »), fondée par un autre pionnier, Alexandre Vigne, qui a su faire descendre les dialogues spirituels au niveau de la base des croyants, dans les quartiers où ils se côtoient sans se fréquenter, et donc sans se bien connaître. Nous devons mentionner aussi une Association inter-religieuse récente de jeunes, « Coexister », qui désire promouvoir des actions de solidarité (comme des collectes de sang) et de formation.

Il y a encore d’autres rencontres et dialogues inter-religieux et inter-culturels qui se développent en Europe, aux Etats -Unis et en Asie. La France est bien placée dans ces initiatives, ce qui montre qu’elle reste naturellement un pays imprégné par la spiritualité de ses habitants, spiritualité d’essence religieuse tout particulièrement. Et ce, quelquefois malgré une mauvaise interprétation des principes préconisées par une laïcité positive et constructive, laquelle ne devrait en aucun cas aboutir au rejet a priori des enseignements éthiques religieux ( sauf dans le cas d’une remise en question argumentée, bien sûr). Le développement régulier de pèlerinages, notamment en Terre Sainte et à Jérusalem, sont une preuve supplémentaire de cette nouvelle tendance à la recherche et à la redécouverte de la spiritualité, au sein de nos sociétés modernes.

Ne pouvant citer toutes ces Association qui offrent des opportunités d’échanges spirituels dans le monde francophone, signalons encore au moins « Artisans de Paix », qui est dirigée aujourd’hui par Paula Kasparian, et qui fut créée en 1994 à l’initiative d’une grande dame chrétienne inspirée, déjà très âgée à cette époque, Madame Madeleine Frapier, également alors membre actif de la Fraternité d’Abraham, aidée par son gendre Edmond Lisle, actuel Président de celle-ci, et deux autres membres qui en étaient alors vice- Présidents( Ghaleib Bencheikh,musulman, et Emile Moatti ,juif).

Rappelons que L’Unesco s’est impliquée au début des années 2000 dans le domaine spirituel interculturel, notamment à l’initiative de l’un de ses Directeurs, Doudou Dienne, musulman d’origine sénégalaise, alors Directeur du Département des projets(interculturels. Et notons aussi que, depuis le Concile Vatican II, initié comme dit ci-dessus par le bon Pape Jean XXIII, tous les papes ont résolument encouragé les catholiques à participer au développement d’un dialogue constructif avec les croyants des autres grandes traditions religieuses, notamment avec les fidèles du Judaïsme et de l’ Islam. Ce tournant important et courageux répondait aux nouvelles nécessités et attentes du moment. Le Pape Jean-Paul II organisa ainsi à Assise (pays de Saint-François), le Lundi 27 Octobre 1986, la première réunion universelle de croyants venus du monde entier, invités à témoigner de l’aspiration à la « Paix » de chacun, au nom de sa propre spiritualité (donc en référence à Jésus pour les chrétiens), sans esprit de syncrétisme ni de prosélytisme. Ce fut un tournant historique, où chacun a pu s’exprimer librement en fonction de sa foi. Des progrès ont été encore réalisés depuis, notamment à l’occasion des anniversaires successifs de cet évènement, souvent à l’initiative de la Communauté italienne Sant’ Egidio, et de de son fondateur Andrea Riccardi, qui occupe aujourd’hui la Chaire du Collège des Bernardins, à Paris. Remercions les leaders responsables des autres religions (juifs sépharades ou askénazes, chrétiens protestants, adventistes, orthodoxes ……., musulmans sunnites, chiites, ismaélites, etc……..) qui ont su participer à la promotion de ces dialogues.

2. La situation en Terre Sainte: La référence à Abraham. Evolution actuelle.

S’il y a dans le monde un lieu prédestiné pour favoriser l’évolution spirituelle des Nations qui composent l’humanité, il semble que c’est bien « Jérusalem ». Le nom de cette ville, chère à la postérité d’Abraham, est mentionné pour la première fois dans la Genèse, le premier livre de la « Torah » (c’est à dire de l »enseignement » du prophète Moïse), sous la forme de « Shalem », dont la racine évoque le « Shalom », la « Paix ». Melkisédèq st désigné comme le Roi de « Justice » (« Tsédek » en hébreu, désigne la justice d’essence divine, synthèse de la rigueur et de la miséricorde, indispensables à l’équilibre des sociétés humaines.), et il est appelé aussi Roi de « Shalem », la ville de la Paix, qui ne supporte pas le règne de l’injustice et de la violence, et qui vomit ses habitants iniques. Il est le prêtre (Cohen) du Dieu suprême, du Dieu-UN de l’humanité tout entière, également Dieu personnel de la Providence. Il est le modèle du prêtre universel, dont la fonction est d’être l’intermédiaire entre Dieu et la Société des hommes et femmes créés à son image et à sa ressemblance..

Qui est Abraham, reconnu en principe unanimement comme le « père » des croyants? Et pourquoi se référer en priorité à lui? Au départ, Abraham est un « hébreu » qui s’appelle Abram. La Bible nous apprend qu’il répondit « présent » à l’appel de Dieu, il y a de cela un peu moins de 4000 ans, et il quitta alors son pays et sa proche famille pour se rendre avec confiance « vers le pays que Dieu lui désignera ». Il aspirait à fonder une société régie par la sagesse éthique divine. Donnons ci-après quelques unes de ses caractéristiques humaines, selon la tradition juive de la Torah de Moïse: Il est avant tout un homme de Bonté et de Paix, soucieux d’œuvrer au bonheur d’autrui ( Pour beaucoup, il préfigure Jésus). Cependant il est capable aussi de se battre avec courage pour la Justice et pour défendre les innocents contre la violence. Ainsi, se voit il contraint de faire appel à des volontaires, venant de tribus alliées, pour lutter, par les armes, contre la coalition de quatre petits roitelets, cruels et sans scrupules. Ces derniers, venus piller et dévaster la région de Sodome et de Gomhorre, ont aussi emmené en otages un certain nombre d’habitants, ce qui est considéré moralement comme un crime abominable et impardonnable. Parmi ces otages se trouvait Loth, son neveu. Abram donne alors l’exemple de la défense justifiée des siens, et donc de la nécessité de riposter, au besoin par la force, pour maintenir la justice au sein de la société, lorsqu’elle est ainsi bafouée.

Dieu se révèle à Abram, dont il change le nom en « Abraham », au moment où il lui demande de pratiquer la circoncision sur sa descendance, circoncision qui sera le signe de l’alliance éternelle entre sa postérité, physique ou spirituelle, et Lui.. La circoncision marquera aussi le passage de son identité tribale (le rattachant uniquement à sa proche famille, au sein de laquelle il est né), à une identité universelle qui le conduira à se soucier du bien de toute personne, y compris étrangère, quelles que soit son origine ou ses croyances: Ce nouveau nom, Abraham, désigne en effet, le « Père d’une multitude de Nations », et sa vocation au service permanent du Dieu-UN de l’humanité.

Melkisédèq enseigne à Abram la liturgie du partage du pain et du vin (Gn. 14, 18), origine du « kiddouch » qui sanctifie chez les juifs le jour du Chabbat ( c’est à dire le jour dédié à la rencontre avec Dieu), au début du dîner du Vendredi soir. Et il bénit Abram au nom du Dieu Suprême, auteur des Cieux et de la Terre (c’est à dire de toute la Création). Le partage du pain peut représente symboliquement celui des biens matériels, et notamment de la nourriture, qui sont nécessaires à chacun pour maintenir son corps en vie. Le partage des valeurs spirituelles, également nécessaires à une vie collective épanouie, est symbolisé par celui du vin. Le kiddouch préfigure aussi le sacrement de l’eucharistie chez les chrétiens.

Abram institue aussi la pratique de la dîme, la part justement prélevée de nos biens, qui devra être réservée aux prêtres, lesquels n’auront pas de territoire, car leur vocation sera de se consacrer à l’enseignement et à l’éducation éthique du peuple. Ils sont ici représentés par Melkisédèq.

Abram donne aussi l’exemple d’un comportement désintéressé: Bien que la coutume habituelle et le bon sens populaire l’autorisent à prélever une part du butin qu’il a pu récupérer après sa victoire sur les rois pillards coalisés, il déclare qu’il n’acceptera pas de garder pour lui fut-ce un simple fil de vêtement, ou un petit lacet de chaussure en cuir, si faible soit leur valeur: En effet, on ne doit pas, tant soit peu, s’enrichir par le moyen de la guerre. Nota: Pour se rappeler en permanence la pratique nécessaire de cette vertu, les hommes juifs et leurs enfants garçons ont pour coutume de prier d’une part en s’entourant d’un châle appelé « tallith », où pendent huit fils disposés à chacun de ses quatre coins (dont l’un de couleur azur); et d’autre part en utilisant des « tephilin » (phylactères) dont les courroies de cuir, qui rappellent des lacets de chaussures, entourent deux petites boîtes disposées sur la tête (lieu de la pensée qui élabore les projets), et sur un bras (organe de l’action), à l’intérieur desquelles ont été placés de petits parchemins sur lesquels sont rappelés des commandements de Dieu. Ce caractère désintéressé d’Abraham est illustré de manière encore plus marquée par son hospitalité offerte à l’étranger de passage, quel qu’il soit, et quelles que soient ses convictions. Ceci au nom de Dieu, qu’il propose de chercher à mieux connaître, par le biais du dialogue et de la convivialité.

En conclusion, la référence commune des croyants à Abraham apparaît comme fondamentale, car elle révèle la voie de la réunification de l’humanité tout entière autour d’un certain nombre de principes éthiques universels. Elle peut inspirer les diverses familles et Nations de la Terre, et les unir en vue de construire ensemble un monde de fraternité universelle et solidaire. L’exemple d’Abraham conforte en fait les leçons et enseignements humanistes de Moïse, Jésus et Mohamed.

De nombreuses associations, surtout d’expression anglophone, existent en Israel. Citons en particulier les activités de l’ I.C.C.I. (Interreligious Coordinationg Council in Israël), créé par le Rabbin Ron Kronish. Et l’ I.E.A. (Interfaith Encounter association), fondée autour de l’année 2000, et dirigée par un partisan du dialogue, Yehuda Stolov.

3. Contribution de la francophonie

Il a existé déjà à Jérusalem une Association interreligieuse en partie francophone, l’ »Israel Interfaith Association ». Son Directeur, Joseph Emmanuel, décédé récemment, apporta son concours, avec Neve Shalom, aux responsables de la Fraternité d’Abraham, pour l’organisation d’un important colloque sur le thème: « Jérusalem, le monothéisme et la paix ». Celui-ci eut lieu à la « Maison de France » de l’Université Hébraïque de Jérusalem, en Septembre 1973. Il fut ouvert par André Chouraqui, alors Maire-adjoint de la ville, et ses participants furent le Révérend Père Michel Riquet, Délégué général de l’Association; le père Tournay, Recteur de l’Ecole Biblique; le Père Marcel Desbois, dominicain,qui enseigna la philosophie de Platon à l’Université de Jérusalem; le Père Bruno Hussar, dominicain d’ origine juive, fondateur du village de Neve-Shalom (où vivent ensemble des israéliens juifs et arabes); André Neher, Professeur à l’Université de Strasbourg et à celle de Jérusalem; avec une contribution du Professeur Othman YAHIA, Maître-Assistant du Professeur Corbin à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, à Paris. Juif né en Algérie, à l’époque terre sous souveraineté française, je suis bien placé pour apprécier l’atout que représente en Israël le renouveau spirituel des communautés juives francophones. Depuis l’année 1791, les juifs de France, pays de droit, suivis par les juifs d’Algérie depuis 1870 (date de la promulgation du Décret Crémieux, préparé peu avant sous le régime impérial de Napoléon III), sont restés reconnaissants à la France des lumières d’avoir su les émanciper et leur permettre d’accéder à une citoyenneté pleine et entière, avec les mêmes droits que les autres citoyens. La culture française a indéniablement su garder une dimension universelle et spirituelle, en même temps que nationale, malgré les épreuves de l’histoire. La francophonie conserve une vision émancipatrice constructive, notamment par l’exemple de sa laïcité pluraliste, lorsqu’elle ne devient pas dogmatique et anti-religieuse.

4. Conclusion:

Faut-il, à Jérusalem aussi, développer dans le monde francophone la conscience des valeurs spirituelles qui sont enseignées par nos religions abrahamiques? On constate ici un fait indéniablement très positif: toutes les congrégations religieuses qui se veulent inspirées par l’idéal abrahamique de fraternité universelle et solidaire, ont tenu naturellement à marquer leur présence en ce lieu, saint pour chacune d’elles. Et aujourd’hui elles s’y côtoient donc, mais sans pouvoir ou savoir encore communier, et partager la joie que cela procure. Comme leurs traditions les invitent à s’ouvrir à autrui, et à témoigner des valeurs éthiques universelles qui sous-tendent leur engagement spirituel, il semble bien que tout peut se prêter désormais ici à une véritable reconnaissance réciproque, exemplaire et riche de conséquences bénéfiques pour tous les citoyens.

Emile Moatti

Délégué général à Jérusalem de la Fraternité d’Abraham (juifs, chrétiens et musulmans – France)

Lancement d’un dialogue interreligieux – église catholique – Monastère des Bénédictines – Jérusalem- Israël – 12 août 2013
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