Promotion du vivre-ensemble – Mosquée Mahmoud – Haifa – 19 et 21 mai 2017

369ème rencontre 

Vendredi 19 mai 2017 – Rencontre avec le Cheikh Mua’d Ode’h et la communauté Ahmadiyya – Mosquée Mahmoud, Haïfa (Israël).

Dimanche 21 mai 2017 – Dialogue interreligieux avec les responsables de lieux de culte de Haifa (Israël)

Après une longue marche sous le soleil de Haïfa, nous arrivons le vendredi 19 mai à la Mosquée Mahmud, coeur de la communauté Ahmadiyya, imposante et magnifique avec ses deux minarets.

Nous sommes accueillies par le Cheikh Mua’d Ode’h, à qui nous présentons notre projet (le service civique, notre mission à l’école, l’ambition d’organiser une rencontre interreligieuse…). Notre explication terminée, il nous apprend que les rencontres interreligieuses sont déjà au coeur de son action : chrétiens, musulmans et juifs de toutes branches se retrouvent régulièrement pour échanger. Il nous invite à prendre part à l’une des rencontres qui se tient quelques jours plus tard.

Il nous présente ensuite sa communauté : son origine, son développement et sa philosophie.

D’après lui, la religion est aujourd’hui déformée par les gens qui l’interprètent. Il met notamment l’accent sur l’action néfaste des médias qui ne montrent généralement pas la vraie nature d’une religion mais ses aspects négatifs (violences perpétrées, soumission de la femme, embrigadement…). En plus de ce premier problème, les fidèles ne se penchent pas assez sur les textes eux-mêmes mais plutôt sur leurs interprétations parfois erronées.

La religion est donc, selon lui, viciée : les religions aujourd’hui désunissent et détruisent les peuples plutôt que de les rassembler et les unir. Il faut se poser la question de la définition de Dieu. Peut-il réellement avoir élu un peuple et envoyé ses fidèles tuer des peuples pour leurs différences ? Dieu serait-il injuste ?

Nous lui posons la question de la politisation des religions. Il ne souhaite pas que sa communauté soit représentée parce qu’il croit fermement en la séparation de la religion et de la politique, qu’il considère comme corrompue.

Alors que nous partons, des activités pour les enfants commencent à la mosquée et témoignent du lien fort de cette communauté.

Deux jours plus tard, nous retrouvons le Cheikh à l’hôtel Dan Carmel où se tient une rencontre inter-religieuse. Nous réalisons rapidement qu’il s’agit plus d’une présentation d’un “Coexistence Panel” à un groupe de touristes américains que d’une rencontre interreligieuse sur un sujet particulier. Cet échange d’une heure et demie fait partie de leur programme de visite et a pour objectif de présenter Haifa comme une ville de la coexistence où arabes et juifs vivent en harmonie.

Parmi les intervenants sont présents : Hani ElFar, arabe chretien, Moa’d Ode’h, ahmadiyya, Michal Spector, juive et Sarah Vader, baha’i.

Hani Elfar nous explique que Haifa est une ville unique de coexistence pour 3 raisons :
– historiquement, les maires de Haïfa ont toujours encouragé et promu les actions entre juifs et arabes.
– arabes et juifs ont toujours travaillé conjointement dans les espaces de la ville comme le port, les usines…
– urbainement, les quartiers de différentes confessions se côtoient, se mélangent, s’acceptent.

Un quartier en particulier est mis en lumière : Ein Hayam. Il s’agit du seul quartier en Israël qui regroupe, parmi ses 3000 habitants, à la fois des juifs séculaires, ultra-orthodoxe, des arabes chrétiens et musulmans. Ils coexistent mais collaborent également, notamment dans leur centre communautaire ou de nombreux événements ont lieu entre juifs et arabes. Le centre communautaire a également mis en place, en 2012, des jardins communautaires partagés et un trail autour du quartier, afin de le faire découvrir et le faire vivre.

La religion Baha’i a également pris une place importante à Haifa. Arrivée plus tardivement, elle s’est vite imposée dans l’espace urbain par la présence dominante des jardins qui surplombent la ville et en sont rapidement devenus le symbole. Les 650 Baha’is présents a Haifa n’y sont en réalité établis que pour une courte période (de quelques mois a 5 ans, en fonction des compétences et missions assignées). Ils sont volontaires pour le centre Baha’is pour lequel ils travaillent pendant cette période, en apportant un support administratif, en accueillant les pèlerins… La communauté participe à de nombreux événements proposés et organisés par la municipalité.

Haifa est une ville ou les religions vivent ensemble et se mélangent sans que chacun ne craigne de perdre sa propre identité. Haifa n’est pas un lieu unique et spécial mais simplement un lieu dont l’identité s’est construite sur le respect et le rassemblement afin de réduire les tensions et l’animosité. Apprendre à connaître l’autre, c’est dépasser la peur qu’on en a et l’accepter dans sa différence.

La présentation de chacun des intervenants, leur religion et leur histoire, s’ouvre ensuite sur des questions avec le public. Nous rencontrons Michal à l’issue de la rencontre. Elle est responsable des jardins partagés d’Ein Hayam et nous envisageons de les faire visiter à nos jeunes du Youth Club. Le Cheikh nous remercie de notre présence et nous propose de venir participer au congrès annuel de sa communauté en juillet.

Laure-Anne et Margot, Volontaires en Service Civique avec CIEUX et l’IVA (Israeli volunteer Association)

Voter ici