Refaire le monde – Mosquée An-Nour – Paris – 17 avril 2016

331ème rencontre 

Dimanche 17 avril 2016

C.I.E.U.X. de Paris 12ème – Mosquée An-Nour, 35 rue Baron Leroy, 75012 Paris

 

 

 

Antenne CIEUX 12e – Rencontre inter-communautaire à la Mosquée Nour – Intervention de Denis MENNESSIER, Commission du Doyenné 12e pour le Dialogue Inter-religieux
Photo : de gauche à droite : Boubacar Conté (Secrétaire-Général de la Mosquée Nour), Rabbin Dov Lellouche (Synagogue Chivté Israël), Alexandre Vigne (Directeur de CIEUX), Danielle Ferra (Coordinatrice CIEUX 12ème) et Denis Menessier (Doyenné des paroisses catholiques)

Refaire le monde…. CIEUX 12 – Dimanche 17 avril 2016

I°) Une INVITATION à penser et à agir: sur soi, avec les autres
On peut se demander à juste raison, en scrutant, en se mettant à l’écoute du monde, de nos sociétés, de notre pays, de nos quartiers, de nos familles et autres communautés: Mais qu’est ce qui fait que ça va assez, très mal entre les hommes ?
Reconnaissons que la fragilité caractérise notre commune humanité : les êtres humains, nous sommes des ‘prématurés’ (Patrick VIVERET). Cette qualité de « prématurité » peut conduire à la construction de carapaces génératrices de conflits, de violences destructrices, de guerres…Tout comme il est vrai aussi, l’exercice de la lucidité conduisant à la reconnaissance de cette fragilité peut donner une marge de progression en permettant l’ouverture de mon cœur vers plus d’humanité et l’accroissement de ma capacité à être relié avec moi-même et avec les autres.
A l’instar de ce que disait A. CAMUS (lors de la réception de son prix Nobel) « empêcher que le monde se défasse »-, c’est pour moi ‘ici’ contribuer avec d’autres, avec vous, à apaiser dans nos quartiers, dans notre arrondissement un climat fait en partie, de tensions, de fermetures, d’invectives violentes et racistes, d’actes de violence…
C’est donc imaginer des initiatives locales, avoir des temps et des lieux d’échanges, c’est participer à des actions communes qui intéressent notre cité, le bien commun, le vivre ensemble comme on dit aujourd’hui.

2°) REPONDRE à des APPELS
Très récemment, nos familles, nos communautés diverses et différentes, laïques et religieuses ont été fermement invitées par leurs responsables, dignitaires et autres autorités à s’engager les uns et les autres, à poser, ensemble, des actes concrets et positifs pour résister à la cruauté du monde, à la barbarie humaine.

*Dans notre arrondissement CIEUX 12e a été invité dès janvier 2015 à participer à la conférence de partage mise en place par la Mairie du XIIe à la suite des évènements de janvier 2015.

Et plus récemment je retiens dans l’actualité plusieurs appels.
*Hier, dans son discours aux Autorités sur l’île de LESBOS, le Pape FRANCOIS nous appelait tous à servir par amour pour construire la paix. Il affirmait « Le service fait sortir de soi-même et il prend soin des autres, il ne permet pas que les personnes ni les choses tombent en ruine, mais il sait les préserver, dépassant la couche épaisse d’indifférence qui obscurcit les esprits et les cœurs ».

*La déclaration de Marrakech sur les Droits des Minorités Religieuses dans le Monde Islamique (mercredi 27 janvier 2016) invite « les différentes communautés religieuses unies par le même lien national à soigner les traumatismes mémoriels nés de la focalisation sélective mutuelle sur des faits particuliers et l’occultation de siècles de vie commune sur une même terre. Elles sont également appelées à reconstruire le passé par la revivification du patrimoine commun et à tendre les passerelles de la confiance, loin des tentations d’excommunication et de violence. »

* Le texte de la déclaration signée le 3 décembre 2015, par les plus grands rabbins orthodoxes d’Israël, d’Europe et des États-Unis, « Faire la volonté de notre Père » céleste, « en imitant Dieu, Juifs et Chrétiens doivent offrir des modèles de service, d’amour inconditionnel et de sainteté. Nous sommes tous créés à la Sainte Image de Dieu, et tant les Juifs que les Chrétiens resteront dévoués à l’Alliance en jouant, ensemble, un rôle actif dans la rédemption du monde. »

* À l’occasion du 50e anniversaire de NOSTRA AETATE, la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme du Vatican a publié en date du 5 décembre dernier, un document intitulé « LES DONS ET L’APPEL DE DIEU SONT IRRÉVOCABLES » (Rm 11, 29). Ce document développe une réflexion théologique sur les rapports entre catholiques et juifs, mais précise toutefois que « la justice et la paix ne doivent pas demeurer simplement des abstractions dans ce dialogue mais être aussi manifestées de manières tangibles. La sphère sociale et caritative présente un champ d’activité fécond, puisque tant l’éthique juive que chrétienne font un impératif du soutien aux pauvres, aux plus défavorisés et aux malades »

3°) Etre des TISSERANDS pour le XIIe
Pour Abdenour BIDAR qui cite ERASME, la fraternité se cultive, s’apprend. Elle est sans plus attendre à mettre en culture : c’est une priorité pour aujourd’hui compte tenu des fractures, des impasses qui sévissent. Comment réparer le tissu déchiré du monde et de nos sociétés qui se rassemblent en se repliant sur elle-même, pour elle-même ?
J’emprunte à Abdenour BIDAR, cette belle image des tisserands, ces artisans tisseurs de liens.
Les tisserands, il y a ceux qui fraternisent et c’est important, avec, en eux-mêmes.
Il s’agit de trouver, de retrouver la conscience-et la joie qui l’accompagne-de l’accomplissement de son être profond, de réparer le lien de ce moi profond avec le moi social.
Nos sociétés de ce côté-ci de la planète tout du moins, auraient-elles perdu le feu sacré de la prodigieuse énergie qui habite en tout être humain, se demande Abdenour BIDAR. Cette force de vie doit pouvoir être reconnue, valorisée et bien sûr aussi, apprivoisée ! Refaire le monde, savoir se faire et se refaire : concevoir un travail sur soi-même pour s’ouvrir à la liberté, pour prendre la mesure des talents qui sont les miens, que j’ai reçus mais qu’il m’incombe de faire fructifier.
Il y a les tisserands du lien aux autres.
Si ‘je’ donne quelque-chose qui n’est pas, ne vient pas de moi, je fais l’expérience existentielle que ‘je’ se vide, se fatigue, s’épuise… Plus je donne et plus je reçois et grandis en humanité, de surcroît joyeusement !
Et on n’oubliera pas les tisserands du lien à la nature.
Vivre en symbiose avec la nature en apprenant à ne pas la parasiter. L’expérience d’un lien ‘fraternel’ avec la nature est source d’inspiration vitale, qui peut passer par la contemplation (« Tu deviens ce que tu contemples » écrivait Djalal Dîn RÜMI). Ce lien avec la nature à retrouver, à cultiver, c’est l’accès à une expérience de la vie qui par définition « résurrecte ».

Ces appels à dire OUI à la Solidarité, NON à l’injustice, en se mettant en route sur le chemin vers la Fraternité, me renvoie en tant que chrétien à la source de Vie qui donne d’avancer pas à pas en dépassant ses seules capacités humaines.
Je nous souhaite les uns et les autres d’être lucide sur nos peurs, sur nos angoisses et de cultiver la patience, l’art de la présence, ici et là et maintenant, en méditant sur le fait que les semeurs ne sont pas les récolteurs.

Denis MENNESSIER
Antenne CIEUX 12e
Commission du Doyenné 12e pour le Dialogue Inter-religieux

 

 

Mosquée Nour – Ouverture du dialogue par Danielle Ferra, Coordinatrice Cieux Paris 12ème – 17 avril

REFAIRE LE MONDE, REGARD CROISE SUR LE 12 EME , SUR LA VISION DU MONDE

Si l’on regarde objectivement ce qui se passe dans le Monde, en Europe, dans notre pays en France, dans nos ville et quartiers, des nouvelles inquiétantes nous parviennent sans cesse, et nous donne le vertige. L’escalade de la violence, sur tous les plans a tendance à se répandre de plus en plus et ce malgré les efforts des forces municipales et police pour la protection de leurs administrés.

Combien de personnes n’osent plus sortir le soir dans certains quartiers ? Font des détours lorsqu’ils aperçoivent un autre que soi même, de couleur, d’habillements, de comportement différents ?

Il n’y a pas si longtemps, toutes les religions, et nationalités, se retrouvaient dans les écoles de la république, se côtoyaient, aller chez les uns et les autres. ce qui n’est plus le cas à présent.
Les citoyens ne se sentent plus en sécurité, que ce soit dans la rue, un café, un cinéma, la peur , la crainte , même si elles ne les paralysent pas est là. les rues sont souvent désertes le soir à certains endroits.

Curieusement, alors que les villes par le passé il y a desjà plusieurs siècles , ont été crées pour protéger les citoyens, leur vie, leur richesse, ( nourriture, argent, bijoux) actuellement il se produit le contraire, plus le temps avance, et moins le citoyen se sent en sécurité, malgré les rondes de polices. ( les vols, agressions de toutes sortes se mutliplient et augmentent chaque année). Un des résultats est que De plus en plus de personnes vivent en repli vers leur communauté respective , consciemment ou inconsciemment afin de se proteger et proteger sa famille , dans la rue, lorsque l’on croise « l’autre » on change de trottoir, ce qui augmente, la méfiance , la crainte ou la peur, ainsi que l’abime qui nous éloigne les uns des autres..

Comment imaginer l’avenir de nos cités dans nos villes et quartiers ? Comment enrayer ce mécanisme négatif infernal? La crainte d’une guerre civile ? Ne nous leurrons pas, une guerre quel qu’elle soit serait beaucoup plus dévastatrice, nous serons tous perdants alors comment et quoi faire ? une légende amérindienne s’est imposée à mon esprit, « la Légende du petit Colibri »

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »Et le colibri lui répondit :« Je le sais, mais je fais ma part. »

N’est ce pas exactement ce qui se passe aujourd’hui ? l’incendie des guerres, l’impuissance et la peur qui paralyse ?
Alors ma vision sur le monde , comment refaire le monde, relève de l’Utopie, mais je veux y croire, est que chacun d’entre nous, soyons des Colibris, chacun agissant de son coté individuellement, et ensemble avec les autres. Chacun tendant la main à son prochain indépendamment de sa religion ou couleur de peau ou autre. Soyons tous de « bons samaritains » pas pour la gloire, simplement parce que cela doit être fait
C’est ce que nous essayons d’appliquer avec les Cieux, et particulièrement les Cieux12 , Nous faisons notre part, malgré toutes les difficultés et embuches qui se dressent vers nous. Et il y en a. malgré que l’on sache qu’on arrivera pas peut-être pas à éteindre l’incendie, parce que nous ne pouvons pas rester spectateurs sans essayer de l’éteindre pour le bien de tous, juifs, catholiques, musulmans, protestants, bouddhistes, ou autre, sans oublier les athées.

Danielle Ferra

Alexandre Vigne
Danielle Ferra
Jean-Pierre Allali
Bubacar Conté
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