Effets positifs des C.I.E.U.X.

Une contribution à la Démocratie de proximité

Le 21 mars 2007, symboliquement réunie à l’Assemblée Nationale lors de son Assemblée Générale constitutive, C.I.E.U.X. s’est engagé à démocratiser le dialogue interreligieux. L’association C.I.E.U.X. (Comité Interreligieux pour une Ethique Universelle et contre la Xénophobie), propose des dialogues interreligieux et laïques de proximité. Une proximité qui tient compte du territoire, de l’ancrage local, de l’espace commun. Les rencontres ont lieu entre les habitants d’un quartier et les communautés religieuses qui y disposent d’un lieu de culte. C.I.E.U.X. met en œuvre des dialogues qui donnent la parole aux non-croyants, aux non-pratiquants ainsi qu’aux simples fidèles et pas uniquement aux hauts représentants des religions. A cet effort pour démocratiser le dialogue interreligieux, correspond celui pour «démocratiser la démocratie». L’action menée par notre association poursuit en effet le mouvement lancé dans les années 1960 en faveur d’une démocratie participative qui implique davantage les citoyens. Tout comme les Conseils de Quartiers ou les Comités Consultatifs offrent des moyens pour échanger avec les acteurs politiques, économiques, sociaux et culturels, Cieux permet aux habitants de dialoguer avec les fidèles et les responsables de lieux de culte de proximité.

C.I.E.U.X.ne se substitue pas, pour autant, aux instances territoriales participatives. Quand l’association y est représentée, elle relate des situations, rapporte des avis, rend compte des problèmes et fait remonter des propositions constructives mais elle ne prend pas position elle-même. Ses statuts stipulent : « Les membres élus (administrateurs, coordinateurs…) de l’association C.I.E.U.X. observent au cours de leur mandat, un devoir de réserve sur les grandes questions d’actualité susceptibles d’interférer dans la vie et/ou la gestion des institutions religieuses et politiques ; les coordinateurs d’un C.I.E.U.X. local et ceux des communautés partenaires, n’ont pas d’avis public à donner au nom de l’association, à propos des questions cultuelles, politiques, économiques, sociales ou scientifiques, sauf s’ils en reçoivent la demande écrite de l’ensemble des responsables de communautés participant à leur antenne ». C.I.E.U.X. n’est donc pas un espace décisionnel. En ce sens, l’association relève davantage de la démocratie de proximité que de la démocratie participative, car sa vocation est d’attribuer aux citoyens plus de place dans la vie interreligieuse, non dans la vie politique. C.I.E.U.X. se consacre aux trois missions de la démocratie participative mais dans le seul champ interreligieux : les débats entre acteurs locaux, la création d’amitiés fraternelles et la recherche du bien commun.

Des débats libres entre acteurs locaux

Avant chaque dialogue interreligieux, est organisé une rencontre préparatoire civique ouverte à tous. Les fidèles des lieux de culte et les personnes de bonne volonté agnostiques ou athées, contribuent ensemble à la citoyenneté de quartier.

La création d’amitiés fraternelles

C.I.E.U.X.organise des dialogues interreligieux et laïques de proximité : ces rencontres permettent de mieux se connaître, de construire un vivre-ensemble plus authentique, profond et durable. Ceux qui veulent aller plus loin se retrouvent pour partager des récits de vie ou de voyage, recueillir des histoires et des témoignages auprès des personnes âgées, lire de contes ou des poésies, visiter des lieux de culte, organiser des activités festives, des événements sportifs, des expositions artistiques, des séjours dans des pays ou des villes jumelées, échanger des savoirs faire (en matière de cuisine, de couture ou d’artisanat notamment), valoriser le patrimoine, préserver l’environnement, lutter contre l’isolement, se familiariser avec d’autres langues, aider les personnes en détresse, accompagner la scolarité des jeunes, donner des cours d’alphabétisation, promouvoir le civisme et la diversité, mener des actions éducatives sur des thèmes tels que les droits de l’homme, les relations entre hommes et femmes, etc. En contrepartie de ce qu’il donne, chacun reçoit la satisfaction d’avoir contribué à faire le bien. Ainsi, le dialogue interreligieux et interculturel est regardé à l’égard de la collectivité, comme une éminente contribution au bien commun.

La recherche du bien commun

Il est bon que dans les quartiers, les habitants et les fidèles des lieux de culte soient associés à l’élaboration de l’intérêt commun. Mais finalement, peu d’occasions leur sont données de dialoguer ensemble dans les instances locales de la démocratie participative que sont les centres sociaux, les régies de quartier ou les maisons d’association. Ce dialogue civique avec les communautés religieuses, revient généralement aux élus, aux représentants des citoyens et donc à la démocratie représentative. D’où ce double paradoxe que nous constatons trop souvent dans les quartiers : d’une part les instances territoriales participatives ne s’ouvrent pas aux communautés religieuses, alors que le bien commun fait partie de leurs missions ; d’autre part les communautés religieuses ne dialoguent pas entre elles ni avec les habitants, alors qu’elles aspirent à construire la paix. Face à ce double paradoxe, il convenait donc de démocratiser tant la démocratie participative que le dialogue interreligieux.

Une telle démocratisation est un défi qui nécessite de surmonter des obstacles, de bousculer des conformismes et de lever des tabous. Les enjeux sont importants et les effets positifs nombreux :

Une démocratie participative plus efficace

Le dialogue interreligieux et laïque de proximité améliore l’ingénierie sociale. Il permet aux habitants de faire part de leur question, de leur souhait ou de leur problème aux responsables religieux ainsi qu’aux représentants des différentes instances municipales de la démocratie participative : Conseil de Quartier, Conseil de Voisinage, Conseil de Secteur, Conseils des Etrangers, Comité d’Initiative et de Consultation, etc. Les réponses attendues sont ainsi obtenues plus rapidement. Par ailleurs, les élus locaux peuvent s’appuyer sur la coopération effective des responsables de lieux de culte, pour solliciter leur contribution aux actions qui nécessitent une certaine concertation.

Une meilleure intégration

La démocratie participative entend corriger les effets non voulus de la démocratie représentative qui tend à privilégier les élites. Si elle donne la parole au peuple, force est de constater que dans les Conseils de Quartiers, les personnes issues de l’immigration, celles qui ont de fait le plus de difficultés à parler la langue de leur pays d’accueil, sont très peu présentes. Voilà un effet pervers de la démocratie participative que le dialogue interreligieux et laïque de proximité contribue à réparer ou permet au moins d’atténuer. En se montrant solidaires les unes des autres, les communautés religieuses évitent en cas d’actes xénophobes, de servir de prétexte à persécution, de caution morale ou de bouc émissaire. Certes, elles disposent de leurs propres centrales d’alerte, pour dénoncer les dérives, sensibiliser la population et apporter des solutions. Mais leur coopération amplifie leur lutte et celle des services publics pour un vivre-ensemble respectueux des différences.

 Une plus grande intégration sociale

Le dialogue interreligieux de proximité favorise également l’intégration sociale. Car il n’y a pas que les étrangers qui aient besoin d’être intégrés. Le manque d »intégration sociale affecte aussi ceux qui ont perdu un emploi, un logement, un conjoint, des amis… Les personnes en situation précaire ne participent que de manière marginale aux instances de la démocratie participative. En revanche, elles trouvent souvent une écoute, un respect, une sécurité auprès des communautés religieuses. Parmi les fidèles de lieux de culte, certains en effet souffrent d’isolement et ont perdu confiance dans leur capacité à renouer des liens sociaux. Leur communauté les aide à s’épanouir. Mais en dialoguant entre elles, les communautés religieuses peuvent les conduire à vaincre encore davantage ce sentiment de solitude sociale. Les fidèles sont d’autant plus satisfaits de leur communauté que celle-ci les ouvre à un réseau relationnel et amical qui leur procure en retour du bien-être, du bonheur, une reconnaissance sociale, une meilleure estime d’eux-mêmes et des autres. La communauté  est alors facteur non de repli identitaire mais au contraire de meilleure intégration sociale.

 Une contribution de tous à la paix sociale

Avec les transports et les télécommunications, la tentation est de ne plus avoir qu’une approche utilitaire des quartiers, sans contribution au vivre-ensemble. De même, avec la mondialisation, des communautés ont dû se détacher de leur terre d’origine. Le dialogue interreligieux de proximité les aide à se « re-territorialiser ». Car il ne suffit pas d’habiter dans un même espace pour se sentir proche de ses voisins. Des barrières immatérielles se dressent : la culture, le mode de vie, la langue, la religion… La proximité spatiale, loin d’engendrer la paix sociale, peut au contraire, par effet de promiscuité, provoquer des conflits. D’ailleurs, dans les quartiers, les communautés religieuses, les centres sociaux, les comités de résidents sont confrontés à des problèmes de ce type : la précarité du travail, du logement, de la famille, l’isolement, la solitude ; la difficulté de vivre ensemble, la détérioration du lien social ; l’incivisme ; le communautarisme ; les discriminations sociales fondées sur les origines ; les a priori sur l’autre, les actes xénophobes, le racisme ; la violence.

Prendre en compte ces problèmes et rechercher des réponses appropriées, voilà l’intérêt que partagent les communautés religieuses et les habitants de leur quartier. Mais, il ne suffit pas d’avoir des intérêts en commun pour mettre en œuvre le bien commun. L’intérêt collectif, qu’il soit commun ou général, n’est pas le véritable moteur de l’action. Quand les objectifs du bien commun touchent le long terme, sont graduels et immatériels, l’intérêt collectif mobilise peu. Chacun est tenté de laisser aux autres le soin de faire le travail. Le problème est qu’au niveau local, si un seul acteur fait défection, l’édifice finit par s’écrouler. La volonté de promouvoir le vivre ensemble a donc besoin de quelque chose de plus immédiat, de plus personnel, de plus intérieur que l’intérêt commun : un désir commun. Nous avons besoin que naisse un désir d’aller vers les autres, que vienne un appel à se dépasser. Nous nous fions d’abord à la part sensible qui nous habite, à notre affectivité, à notre ressenti. Ce qui nous rapproche, ce sont les sentiments que nous pouvons recevoir les uns des autres : l’amitié, le respect, la compassion, la générosité. Ce qui nous conduit à dialoguer, ce sont les vertus par lesquelles nous échangeons : l’espérance, la justice, la patience, la joie. Ce qui nous donne l’envie de coopérer, ce sont les qualités de ceux qui coopèrent : la gentillesse, la disponibilité, l’efficacité, la fidélité. Ce qui nous pousse à agir ensemble au service du bien commun, ce sont les valeurs que nous pouvons partager ensemble : l’honnêteté, la bienveillance, la solidarité, la convivialité. La paix ainsi donnée, procure un accomplissement de soi et des autres, apporte un bonheur durable. Chacun devient un peu un ambassadeur de cette paix après l’avoir reçue. Voilà sans doute la contribution la plus humble mais aussi la plus fondamentale du dialogue interreligieux de proximité à la démocratie participative : une paix qui se donne de proche en proche.

La proximité ne crée pas à elle seule de relations de proximité. Mais là où le dialogue local est entretenu et notamment le dialogue interreligieux, la proximité aide la démocratie participative à se réaliser. Démocratiser le dialogue interreligieux revient ainsi à démocratiser la démocratie.

Alexandre Vigne, Directeur de C.I.E.U.X.. Extrait de Le dialogue interreligieux de proximité : une urgence pour la Démocratie, Paris, Publisud, 1993, 112 p.